Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /Mai /2008 14:47

      "Bon ben, peut-être à toute à l'heure... et puis merci hein!". Elle a dit ça en montant l'escalier, et je me suis surprise à lui répondre machinalement: "y a a pas de quoi!".

       "Y a pas de quoi"... Elle te remercie de lui avoir tenu compagnie pendant deux jours et tu ne trouves rien d'autre à lui répondre que "y-a-pas-de-quoi!".

       En fait, je crois que je ne m'attendais pas à ce merci... C'est ma Maman quand même... Papa parti pendant trois jours et cette maison lui fichait le cafard le soir. Pas envie d'y rester seule. Je comprends. Je l'ai vécu aussi. Quand ils étaient absents et que je ressentais le besoin de venir y faire un petit tour, voire un petit séjour. Comme pour vérifier s'ils étaient toujours là, s'ils avaient toujours les mêmes affaires, les mêmes habitudes, la même vie... Vérifier que j'avais paut-être aussi une toute petite place dans cette maison où je n'habitais pas. Je me souviens avoir pleuré en voyant une photo de moi sur un mur: c'était la preuve que j'étais un peu là avec eux, malgré tout.
   Sans doute qu'à cette époque j'avais besoin de ça. Sans doute que seule dans mon appartement, je me sentais comme mise en quarantaine, obligée à devenir adulte et me passer de leur présence, moi qui aurais voulu rester leur petite fille, blottie sous leurs ailes et protégée de tout. Sans doute qu'ils me manquaient, mais que, ne pouvant l'avouer, je devais me contenter de m'imprégner d'eux en leur absence.
   J'avais mal à mon Papa... mal à ma Maman... un chagrin gros comme ça qui se devait de rester un secret.

       L'an dernier, à la même occasion, j'étais ravie d'aller tenir compagnie à ma Maman... on comprends pourquoi.
   Mais aujourd'hui, tout est différent. Je suis différente. Je suis. J'ai ma vie. Mon chez moi... et l'idée de retourner vivre chez mes parents, même pour deux jours, me fichait un peu le cafard, j'avoue... Peur de me souvenir de tout ça, de retomber dans cette nostalgie qui m'a trop longtemps poursuivie, et surtout peur de me sentir bien... auprès de ma Maman... et que le chagrin revienne pointer son nez le jour de mon départ.

      La premier soir, tout est revenu: des flashs, des images, des sentiments, des odeurs se succédaient dans ma tête comme un orage bordélique et tellement fort qu'il en réveillerait les morts. Et tout ça rythmé par cette phrase qui trottait dans ma tête (au sujet de ma Maman assise à l'autre bout du canapé): "mais qu'est-ce que je l'aime..."

       Bien sûr, j'ai pleuré. Mais c'était bien... le chagrin du passé devait s'en aller.

     Et le lendemain, voilà. Tout allait bien. C'était chouette d'être avec ma Maman. Comme des petites vacances. Un soir et un matin pas comme les autres. C'était chouette de lui raconter ma journée. C'était chouette d'aller l'embêter dans son lit quand elle essayait de bouquiner. Chouette de lui préparer la table pour le petit déjeuner et puis de discuter encore. C'était chouette... parce qu'elle est comme ça ma Maman...

       Et c'est pour ça que son "merci" m'a prise de cours... parce qu'elle m'a apporté plus durant ces deux jours, que je ne l'ai fait pour elle.

      Alors, après réflexion, Maman, c'est à moi de te dire "Merci".

Par Anne Dupont - Publié dans : Essais
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Recherche

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus